
Interview de frère Timothée
Frère Timothée, le sujet de la retraite que vous avez prêché en février dernier atteint finalement le cœur de notre vie chrétienne : pouvez-vous nous en donner la quintessence ?
C’est assez simple : nous apprenons à connaitre quelqu’un personnellement en faisant des choses ensemble. Et c’est déjà un début de relation qui peut nous ouvrir à une relation plus profonde. L’amitié étant sûrement, au niveau humain, la relation la plus profonde.
En définitive nous constatons en lisant l’Évangile que cela fonctionne de la même manière avec le Seigneur, à ceci près qu’au point de départ cette relation réclame une révélation divine qui est une initiative de Dieu envers nous.
Le Seigneur appelle ses disciples et en fait immédiatement ses coopérateurs : « je ferai de vous des pécheurs d’hommes ». Ainsi ils vont travailler (« faire ») avec lui tout au long des trois ans passés ensemble et tout au long de leur vie. Puis au cours de la Sainte Cène, le Seigneur leur déclare ; « je ne vous appelle plus serviteurs mais mes amis… » Au-delà de ce qu’ils font pour lui comme serviteurs ils se retrouvent dans une relation d’amitié avec lui et par cette relation ils vont pouvoir le connaître de plus en plus personnellement.
N’est-ce pas finalement une sorte de parcours spirituel que vous proposez ?
Je ne pense pas. Il ne s’agit pas d’une méthode de spiritualité chrétienne. C’est simplement notre vie qui est ainsi faite et le Seigneur vient nous rejoindre tels que nous sommes.
Ceci étant dit, nous pouvons chercher à nous mettre temporairement au service du Seigneur pendant notre carême : cela nous aidera sûrement à le fréquenter davantage, pourvu que ce service regarde plus le Seigneur lui-même que les projets que nous faisons pour lui.
Quels évangiles vous ont le plus inspiré, éclairé sur ce sujet ?
Essentiellement Matthieu 16, 13-23 : la confession de foi de St Pierre.
Jésus commence par montrer que le connaître personnellement n’est pas affaire d’opinions humaines sur lui, quand bien même ces opinions sont teintées de foi. Ensuite il dévoile à Simon-Pierre l’initiative invisible du Père qui révèle son Fils. Puis Jésus lui confie une mission, (quelque chose à faire à son service) : « tu es Pierre et sur cette Pierre je bâtirai mon Église ». Enfin la révélation plénière du Seigneur passe par le mystère de la Croix : Jésus annonce sa Passion. Dans un 1er temps Pierre la refuse ! Sûrement par amour généreux pour son maître : il veut le protéger. Ce projet de Pierre durera au moins jusqu’au jardin des oliviers où nous constatons qu’il est encore prêt à donner de l’épée1. Seulement Jésus le lui a dit : « tes pensées ne sont pas celles de Dieu… ». Lorsque nos projets commencent à passer devant les personnes ce n’est jamais bon et c’est encore pire vis à vis du Seigneur.
La philosophie est-elle nécessaire pour mettre ce chemin de connaissance personnelle en lumière ?
Oui et non. Oui, si nous voulons mieux comprendre, la philosophie est nécessaire pourvu qu’elle soit saine. Le Seigneur ne décrypte pas tout dans la Bible. C’est par nous-même que nous devons découvrir les réalités humaines « avant » la foi. Et non, car c’est simplement notre expérience commune. Même si nous n’étions pas pleinement conscient de tout ce qu’implique notre vie nous pourrions quand même avancer à tâtons. L’homme, de toutes façons, fait des choses humaines.
D’où vous est venu l’idée de prêcher sur ce thème ?
Je dirais que cela vient principalement du chapitre 17 de l’évangile de saint Jean : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jn 17, 3). Nous retrouvons la même démarche dans beaucoup de passages des évangiles : par exemple avec Zachée Luc 19, 1-10 ; « Entré dans Jéricho, Jésus traversait la ville. Et voici un homme appelé du nom de Zachée… il cherchait à voir qui était Jésus ». C’est encore la question qui est au cœur de la confession de foi de St Pierre dans Matthieu 16 : « pour vous qui suis-je ? » Si le Seigneur pose la question ce n’est pas par crise identitaire mais pour que nous la fassions notre car c’est une question essentielle pour nôtre vie chrétienne.
1 Lorsque la réalité nous fait mal nous risquons toujours de nous réfugier dans nos idées/projets.
