Site institutionnel Institutional website
Province de France Province of Europe
PROVINCE OF EUROPE Découvrir la Province Europe Autriche Marchegg Belgique Banneux Italie Rome Lituanie Vilnus Pays-Bas La Haye Utrecht Angleterre Londres Roumanie Bucarest Suisse Genève
PROVINCE AFRIQUE Découvrir la Province Afrique Côte d’Ivoire Abidjan Cameroun Simbock Yaoundé Éthiopie Addis-Abeba Guinée Coyah Sénégal Poponguine Togo Kara Lomé

Ouverture de l’année du Jubilé de l’Espérance

Publié le 23 décembre 2024

Avant Noël 2024, le recteur du Sanctuaire ouvrait l’année par un bel enseignement sur l’Espérance.

À la porte

« Voici que je me tiens à la porte et je frappe… ! » (Ap. 3,20). Cette parole de Jésus a inspiré Thérèse de Lisieux. Elle a peint un tableau qu’elle a offert à sa sœur Céline.
Nous avons fait agrandir ce tableau et l’avons placé à la Porte Sainte, où se rendent les pèlerins en cette Année Sainte, notamment en faisant le chemin de prière. Malheureusement, il nous est interdit d’ouvrir la Porte Sainte.
Contrairement à 2016, année sainte extraordinaire de la miséricorde, ce privilège est réservé cette fois-ci aux basiliques romaines. Loin de nous l’idée de nous plaindre, mais plutôt de reconnaître devant cette peinture ce qui est essentiel : ouvrir la porte de notre cœur à Jésus et l’inviter à entrer dans notre vie. Cette interprétation du verset de l’Apocalypse est sans aucun doute permise, mais elle ne rend pas vraiment justice au texte du dernier livre du Nouveau Testament.
En effet, au nom de Jésus, l’apôtre Jean adresse sept lettres à sept églises d’Asie mineure (l’actuelle Turquie). Ces sept lettres sont très courtes et tendent un miroir à chaque Église, l’encourageant à faire son examen de conscience. La septième lettre est adressée à la communauté chrétienne de Laodicée.
Le diagnostic est plutôt accablant !

« Je me tiens à la porte… »

Jésus n’est donc plus à l’intérieur avec ses disciples. On dirait qu’on l’a mis à la porte ! Jésus n’est plus au centre de la communauté, apparemment on pense pouvoir se débrouiller sans lui. Jésus est mis à l’écart. Le Christ ne doit-il pas être au coeur de toute communauté pour qu’elle soit vraiment chrétienne ?
« Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui », dit Luc (4,20) au début de l’évangile. Et tout à la fin : « Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : La paix est avec vous ! » (Lc 24,36).
Comment se fait-il que l’Église de Laodicée ait banni Jésus de son sein et l’ait mis à la porte ?

« Je ne manque de rien ! »

À la fin du 1er siècle, Laodicée est la ville la plus riche de la province romaine de Phrygie. L’économie est en plein essor. Deux secteurs se distinguent particulièrement. Un onguent pour les yeux particulièrement efficace est exporté dans le monde entier. Le commerce du drap est en plein essor et les personnes fortunées achètent les étoffes les plus fines. On recommande même aux Romains de confier leur argent aux banques de Laodicée. Nulle part ailleurs, il n’y avait un tel taux d’intérêt. La communauté chrétienne profite également de cette richesse. « Je suis riche et prospère, et il ne me manque rien, » disent les chrétiens avec fierté ! La richesse leur permet de faire de bonnes œuvres, qui sont distribuées avec générosité. Le bon Dieu devrait s’en réjouir et les féliciter !
Mais Jean, le perspicace, voit les choses tout autrement. La communauté se berce d’illusions. Le diagnostic de Dieu fait apparaître une toute autre réalité : « Tu ne sais même pas que tu es misérable et pitoyable, pauvre, aveugle et nu ». (v. 17).
De toute évidence, les apparences sont trompeuses et la communauté devrait être bouleversée par le diagnostic…

« Tout te manque ! »

« Je connais tes œuvres », dit Jésus. Mais il ne s’en réjouit pas du tout. Au contraire, il les trouve « à vomir ». Qu’est-ce qui rend ces œuvres si pitoyables ? L’apôtre Paul nous le dit sans ambages : « J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. » (1 Cor. 13,3).
Les œuvres des chrétiens de Laodicée ne sont pas des œuvres de charité, des œuvres de miséricorde. C’est comme si je jetais quelques pièces à un mendiant sans même lui accorder un regard. Certes, le sort du mendiant ne me laisse pas complètement indifférent… mais mon aumône perd de sa valeur, je reste un chrétien « tiède » si la compassion et la sollicitude ne m’animent pas. Le feu de l’amour ne brûle pas en moi.

« Un bon conseil : achetez de moi ! »

Or, c’est précisément ce feu de l’amour que Jésus propose. Il est bien plus précieux que l’or et l’argent, il est le véritable trésor à acquérir. Ici aussi, nous nous souvenons de l’hymne à l’amour chanté par Paul : « Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité, mais la plus grande des trois, c’est la charité ». (1 Cor. 13,13) Pourquoi est-elle la plus grande ? Parce que Dieu lui-même est l’amour et qu’il se donne à nous, aujourd’hui et pour l’éternité.
Jésus nous propose aussi le vêtement blanc du baptême. Nous devons le porter « pour ne pas rester nus ». Je pense inévitablement à François d’Assise, qui rend ses précieux vêtements à son père (qui était un riche marchand de tissus) et qui confesse : « À l’avenir, je n’ai plus qu’un seul Père, celui qui est aux cieux ». Une confession radicale du baptême et de la filiation divine qui nous est offerte.
Jésus offre également un onguent pour les yeux, bien plus précieux que celui qui a fait la richesse de Laodicée. Cet onguent ouvre les yeux aveugles des chrétiens de la ville et leur permet de voir et d’aller à « l’essentiel ».
« Prends donc au sérieux et retourne-toi ». Retourne à l’essentiel ! Que le Seigneur Jésus soit à nouveau le centre de la communauté. On l’a certes mis à la porte, mais il frappe à la porte dans l’espoir d’être entendu et de pouvoir entrer. Si la communauté ouvre, « nous allons prendre notre repas ensemble, moi avec lui et lui avec moi ». Une allusion claire et nette à l’eucharistie.
Cette merveilleuse lettre à l’adresse de l’Église de Laodicée peut être une source d’inspiration pour cette Année sainte. « Car Dieu a bien voulu leur faire connaître en quoi consiste la gloire sans prix de ce mystère parmi toutes les nations : le Christ est parmi vous, lui, l’espérance de la gloire ». (Col. 1,27 s.)
Des chrétiens rassemblés autour du Christ Jésus, remettant le Seigneur au cœur de nos communautés ! Que cette Année sainte nous aide à nous recentrer sur le Christ !

Abbé Leo Palm